Ne regardez plus, on s’occupe de tout!

 

Neuf lignes obliques de Bernar Venet. Nice, 2010.

« Bernar Venet compte parmi les artistes qui, par leur vivacité de chercheurs, ont amené quelque chose de nouveau à l’art. Sa faculté d’abstraction intellectuelle, et son goût pour le raisonnement mathématique et l’expérimentation l’ont conduit à inventer l’art conceptuel » Ouf!…

  

    « L’un des symptômes les plus déconcertants de cette époque, c’est la promiscuité dans l’admiration. L’art étant devenu, comme le sport, une des occupations recherchées des gens riches, les expositions se suivent avec un égal succès, quelles que soient les œuvres qu’on exhibe, pourvu toutefois que les négociants de la presse s’en mêlent et que les étalages aient lieu dans une galerie connue, dans une salle réputée de bon ton pour tous ».
 
      Comme le terrible Huysmans  nous manque aujourd’hui ! Car les premières lignes, écrites au rasoir, de Certains, malgré la date de sa publication (1889) ne doivent pas nous égarer : elles ne sont que trop actuelles.  

      « La promiscuité dans l’admiration »… S’agissant de la parution d’un livre, d’une représentation théâtrale, d’un opéra, ou plus simplement de la sortie d’un film, les éloges parfois les plus dithyrambiques côtoient régulièrement les critiques les plus injustifiées. Ne soyons, il est vrai, pas trop dupes de cette pluralité du jugement : combien de journalistes, circonscrits aux pages culture et loisirs comme par accident,  s’opposent à tel ou tel pour prétendre exister. Mais, concernant les Beaux-arts, et l’art contemporain qui nous intéresse ici,  il faut  toujours s’enthousiasmer. Quitte à faire semblant. Comme si la seule expression de l’enthousiasme, se fondant paresseusement dans le consensus garantissait la crédibilité de leurs auteurs.
 
Ainsi en est-il de l’exposition intitulée  lieux uniques, de Georges Rousse, qui  s’est tenue à l’espace photographique de Nice, il y a six mois ou un an, peu importe.

      Les lieux uniques… le titre même nous confisque d’emblée notre faculté d’appréciation et je n’ai pas d’autre choix, en visitant les salles de l’exposition, de considérer ces lieux comme tels. Autolégitimation, qui appelle nécessairement l’auto consécration, et qui n’a plus guère besoin de l’approbation d’un public, puisque, Huysmans l’avait très bien observé, des supposés professionnels de la culture et des institutions décident ce qu’il faut voir et, on a trop tendance à l’oublier, ce qu’il ne faut pas voir.

 

 

 

      Dès le hall d’entrée, l’inévitable panneau de présentation, qui a tout d’une hagiographie, m’informe, au cas où j’aurai l’irrévérence d’en douter, qu’il s’agit d’ « un artiste important ». C’est « un penseur, un marcheur… » . Il fait l’objet « d’une excellente reconnaissance internationale et est présent dans de nombreuses institutions en France ». Nous sommes naturellement très contents pour lui, mais, à la lecture de tous ces termes, n’éprouvez-vous pas comme une désagréable impression de bourgeoisie faisandée ?…
  
      Mais au fait, qu’est-ce qu’un artiste important ? Quand il peignait Le Talisman à Pont-Aven,  Sérusier était-il considéré comme un artiste important? Et que dire de son compère Gauguin ? En reconnaissant ceux que le sont au détriment des autres, nos décideurs, nos faiseurs d’expo, que sais-je, rejoignent ce qui constituait précisément par son opposition viscérale, l’un des  ferments de l’art moderne : l’esprit des Académiques devenus en l’occurrence plus lampistes que pompiers… Mais aujourd’hui, qui sont les Académiques et où sont passés les Refusés? Décidément, la bonne conscience de ceux qui prétendent s’ériger en gardien du temple n’en finit plus avec sa fausse dialectique : « ne vous inquiétez pas, les artistes importants, les artistes officiels qui sont  reconnus par les institutions sont vraiment modernes ! Parce que justement, les institutions ne se trompent plus ! En d’autres temps, pas si éloignés (et l’on sert le traditionnel bouc-émissaire du XIXe) ces artistes auraient été les Refusés ! ». Et le tour est joué. Il ne reste plus qu’à dénaturer systématiquement l’argument contradictoire en brandissant l’anathème de « réac ». Et l’on comprend mieux, en parcourant les médias, la grande frilosité qui se cache sous ces enthousiasmes de conventions, avec ces mots usés jusqu’à la corde tels que « revisiter, réévaluer, réapproprier », parce que l’emploi du préfixe suppose entériner quelque chose de forcement nouveau et qui s’inscrit déjà dans la pérennité.
      On comprend mieux aussi la timidité des visiteurs, qui glissent de salles en salles, muets comme des carpes ou qui échangent à voix feutrée de craintives observations. Giono disait que le ridicule commence à trois. Alors, dans un lieu public, vous pensez !

      Mais comment l’artiste d’aujourd’hui se définit-il ? Par le travail.
 
      Parce que l’artiste travaille et entend bien nous le faire savoir, comme en témoigne, parmi de nombreux exemples, cet entretien très éloquent avec Philippe Piguet, paru dans le catalogue d’une autre exposition consacrée à Georges Rousse au Musée de Châteauroux en 2003-2004, où le mot semble décidément le sésame imparable de la justification.

      « Question : à suivre ton parcours (notons l’emploi du tutoiement, signe patent d’un vieux compagnonnage, et, subrepticement, d’un cercle d’initiés) rien ne semble le déterminer au préalable. Tu es un artiste qui travaille de façon totalement empirique. Est-ce à dire que le travail s’auto génère (sic) ?
Réponse : je n’aime pas répéter les choses de façon systématique. Quand je commence à travailler une nouvelle idée, je me dis que je vais faire une série par rapport à cette idée et régler tous les problèmes afférents mais, en même temps, il y en a une deuxième, puis une troisième qui surgissent et c’est la cascade! C’est donc dans une multitude de directions que le travail se développe et, de ce fait, se génère au cours de nombreux télescopages. C’est un travail qui se nourrit du contexte, des rencontres et des moyens. En ce sens, ce n’est pas un travail conceptuel ».
Bigre! Si Georges Rousse « n’aime pas répéter les choses de façon systématique », il semble bien y éprouver quelque peine lorsqu’il s’agit des mots. Mais êtes-vous donc, Monsieur Rousse (je conserve le vouvoiement, n’étant pas un vieux compagnon de route), le seul à travailler? Il me semble, qu’à l’exception probable des enseignants , tout le monde travaille : les poissonniers, les strip-teaseuses, les thanatopracteurs, que sais-je encore ? Et, selon nos technocrates de l’Insee ou du BIT, même les demandeurs d’emploi seraient des actifs… 

 

       Cette insistance à nous rappeler que l’artiste ne cesse de travailler prétend finalement justifier les réalisations de ce Land Art d’intérieur par le seul processus créatif qu’il induit au préalable. Du processus en question, rien de très percutant d’ailleurs, mais plutôt, derrière l’habituelle boursouflure du langage, supposée valider une expérience unique (« nouvelle idée, surgissent, cascade, multitude, télescopage »),  une succession d’étapes, somme toute très ordinaire. Mais, précisément, l’inflation du discours, par le balayage en amont du processus de création, vise à gommer toute forme de réaction face à l’œuvre elle-même. Un peu comme si l’artiste nous disait « Vous n’avez plus rien à ajouter, puisque j’ai déjà présenté les mobiles de mes intentions. Contentez-vous de venir et ne cherchez pas. C’est déjà fait ». Il est vrai, qu’à certains égards, l’artiste n’a plus vraiment besoin de nous – j’entends de notre approbation, voire de notre sympathie –   puisqu’il bénéficie du soutien logistique et financier des institutions (Etat, collectivités locales, fondations, etc.) qui décident, faut-il le rappeler, à notre place ce qu’il faut voir …et ne pas voir. Soutien relayé, par les critiques, les journalistes (ne parlons pas des blogs, dont la plupart n’utilisent leur liberté que pour se fondre dans le moule) dont les louanges quasi unanimes, achèvent de fermer un cercle qui n’a décidément rien de vertueux.

 

      Pourtant, et c’est le plus navrant, les réalisations de Rousse, extrêmement complexes et exigeantes, présentent un indéniable intérêt. Elles suscitent vraiment chez l’observateur une curiosité spontanée, qui déborde du simple étonnement visuel pour stimuler ses facultés critiques. Et malgré mon mouvement d’humeur, je dois reconnaitre que le titre lui-même – les lieux uniques – pris dans son contexte, conserve  toute sa  pertinence. Mais le jugement critique du visiteur (entendu au sens le plus noble, parce que reposant à priori sur la liberté du sujet face à son objet) se trouve brutalement anéanti par une confiscation radicale de cette liberté. Pas une salle qui ne soit pourvue de ces fichus panneaux explicatifs d’une prétention et d’un intellectualisme si invraisemblables qu’ils semblent ériger le ridicule en institution. Qui les rédige ? Toute une clique de Narcisse verbeux qui avancent à peine masquée,  littéralement déconnectée de la réalité de ce monde. Et quelque soit l’intérêt intrinsèque suscité par ces Lieux uniques, il ne justifie en aucun cas une telle inflation du discours.

      En juillet dernier, au cours d’une journée caniculaire, je visitais la salle des mois du Palais Schifanoia à Ferrare, l’un des cycles peints les plus fascinants d’Italie. Francesco del Cossa, Ercolé de Roberti… Immense salle solennelle et déserte, ponctuée de triomphes énigmatiques, de mythologies savantes, d’astrologie et d’alchimie d’un autre âge. Dans un coin de ce sanctuaire de la peinture, un panneau nous informe très sobrement  de l’identification des mois et des allégories. Et puis c’est tout. Aucune prose pédante et directive, aucun balisage en règle des intentions, du processus créatif, etc. Ces artistes là n’en n’ont pas besoin. Le visiteur peut alors interroger en toute liberté ces peintures, et renouveler le miracle d’une confrontation immédiate et sensible avec « les choses muettes » dont Poussin faisait profession.  
 
      Je quitte ces Lieux uniques dont je ne parlerai pas, puisque l’on a décidé de le faire à ma place, avec un soulagement non dissimulé pour retrouver l’air printanier du boulevard Dubouchage. Instants paisibles.  Mais, avec l’avenue Jean Médecin, principale artère azuréenne du bling bling bon marché, la délivrance est de courte durée…
    
       J’avais aussi oublié avec la ligne du tramway – de toute évidence, la grande affaire de Nice, depuis son rattachement à la France – et ces « quinze artistes de renommée internationale ( toujours cette obsession d’une bourgeoisie frileuse qui use de la reconnaissance comme d’une garantie après-vente) qui investissent l’espace urbain… » et dont les inepties authentiques déguisées en blabla pontifiant ponctuent chacune des stations. Lorsque l’on apprend que « la communauté d’agglomération Nice Côte d’azur a confié à un comité d’experts composé de personnalité nationales et internationales » le soin d’opérer la sélection des quinze élus sur « deux-cent-dix-huit candidatures venues du monde entier » on reste confondus…

      Mais, peut-être, faudrait-il rappeler ce qu’est un expert. Un expert, c’est quelqu’un dont la vocation essentielle consiste à se tromper. C’est, par exemple ,un scientifique qui affirme à propos des conséquences du téléphone portable sur notre santé que c’est dangereux, pas dangereux, dangereux, pas dangereux;  C’est un climatologue, qui à propos du réchauffement de la planète, déclare que nous sommes responsables, pas responsables, responsables, pas responsables; C’est un économiste qui a toujours beaucoup de choses à écrire à propos de la crise de…29, mais qui n’a rien vu venir à propos de celle que nous connaissons depuis deux ans ; c’est un haut gradé du Pentagone qui confirme que les frappes chirurgicales de l’aviation américaine peuvent passer par un velux mais ne tuent jamais les civils et certainement pas les enfants; c’est aussi un ministre de la santé qui nous rappelle que le nuage de Tchernobyl a toujours respecté les frontières politiques des états. Mais une liste  exhaustive serait trop indigeste.
      Concernant les Arts, un expert, par exemple, c’est quelqu’un de toujours très bien habillé et muni d’un petit marteau, à Drouot ou Sotheby’s, qui rêve de battre un nouveau record, avec un Pollock ou un Picasso, peu importe, pour rejoindre le Guiness. Mais, pour notre programme impérissable du tramway niçois et « sa rigoureuse sélection d’artistes », un expert, c’est parfois quelqu’un…qui n’oublie pas ses amis. Par exemple, sur les 218 candidats,  2 des 15 sélectionnés travaillent à la  villa Arson de Nice. Mais je veux naturellement bien croire que la présence de directeur général de la villa Arson au sein du comité d’experts n’a en aucun cas influencé la décision du jury.     

 

 Sans aucun mauvais jeu de mots, la palme du ridicule – et la compétition était rude – revient aux Palmiers vertigineux opalescents de Jacques Vieille qui parasitent la station Pont-Michel. Là aussi, même balisage en règle avec la prose coutumière des superlatifs qui accompagne très sérieusement une farce qui, décidément, n’en finit pas d’être jouée: « L’œuvre de Jacques Vieille prend la nature au mot et la campe sans concession devant ce qu’elle a de plus absurde, de plus visionnaire, de plus excessif ». Et de nous gratifier, selon l’auteur lui-même «  de trois palmiers géants de 20m, mi métal, mi textile, qui s’animent avec la lumière et le vent. »…comme « un point de repère dans ce quartier qui, avec son échelle, sa matière, nous transporte vers une nouvelle nature à la lisière de la ville ».Comme c’est bien dit ! Là aussi, je suis censé ne rien ajouter. Mais, à propos de lisière de la ville, Jacques Vieille ne croit pas si bien dire et  ses Palmiers vertigineux opalescents vont naturellement droit au cœur de la population du quartier de Pont Michel,   cette population des lisières sociales, celles des allocataires, des femmes de ménage et des maçons journaliers, issue de la « diversité » ou de « la France d’en bas » selon l’humeur de nos technocrates. Il est vrai que Jacques Vieille, ancien pensionnaire de la villa Médicis, forcément parisien et vivant de commandes de provinces (le contraire est plus rare), tout entier dévolu à sa délicate mission  « d’une relation spécifique au bâti (…) qui joue systématiquement de l’affrontement entre la nature et l’artefact » ne fait qu’ajouter au divorce consommé depuis longtemps entre l’art contemporain et… ses contemporains. Mais il arrive parfois que les éléments naturels s’en mêlent et c’est ainsi que depuis la tempête de mai 2010 la municipalité a décidé de démonter la structure, plus du tout opalescente mais sans doute trop vertigineuse…pour raison de sécurité. « Voir des palmiers et mourir », c’était aller un peu loin dans l’admiration. En tous cas, saluons cet heureux épilogue digne d’un conte de Voltaire.

 

    Parvenu à hauteur de la gare Thiers, voici les néons bleus de Gunda Forster, une artiste importante (forcément, elle travaille à Berlin, la ville où tout se passe). Au cas où je n’aurais pas bien saisi la portée signifiante de ces néons, un écriteau en aluminium, à côté duquel se tient l’inévitable mendiante de l’ex- Yougoslavie, se charge de me le rappeler : le bleu, « c’est un hommage à Klein ». Formidable ! Et puis, ne se contentant plus de dicter notre appréciation sur l’œuvre, mais aussi nos sensations, l’écriteau nous expliquent très sérieusement que les néons nous invitent à une « lévitation bleue ».  « Aux frontières de la perception », après quelques vaines tentatives de lévitation psychique ou, pourquoi pas, corporelle, conditionnée par le « médium lumière », je finis par renoncer (je n’ai pas osé demander à la Yougoslave si elle avait déjà essayé) et je traverse ce passage Max Vérola pour conclure une expérience unique, brillamment énoncée par l’artiste elle-même : celle   « d’un avant et d’un après pour les piétons et les automobilistes passant sous les ponts ». Il fallait aller au moins jusqu’ à Berlin  pour cautionner une démarche intellectuelle aussi pointue.
     

 

      Enfin, sur les quais de la rame, difficile de manquer les sempiternels aphorismes de ce grand penseur de Ben dont la gloire, comme chacun sait, ne se résume pas à sa calligraphie enfantine. Avec cette contribution majeure, il s’agit « d’ouvrir un questionnement » et de  « s’interroger sur l’art lui-même ». Qu’aurions nous fait sans lui ?
      Ainsi, Ben ne se satisfait pas d’orienter nos jugements ou nos sensations, mais entend  aussi commander nos gestes et nos expressions : « souriez », « ferme les yeux, écoute la rue », « regarde le ciel ».
      Je crois que je vais continuer de regarder les jolies femmes, Monsieur Vautier.

      Résumons-nous :
–  l’exposition  Lieux uniques de George Rousse me confisquait d’emblée ma faculté de juger, c’est-à-dire, d’appréhender librement les réalisations de l’artiste et de formuler  éventuellement une appréciation  critique de celles-ci (« nous prenons tout en charge, il vous suffit de suivre les flèches »).
– Avec Blue, hommage au bleu d’Yves Klein de Gunda Forster, ce sont mes facultés de perception, vectrices de sensations, et, conséquemment, d’émotions, qui me sont ôtées sans ménagement (« en passant sous ce pont, vous ne pouvez que léviter : c’est écrit »).
– Ben, enfin, est encore plus directif puisqu’il me dicte non seulement mes faits et gestes (« ne regarde pas les jolies femmes, François, regarde plutôt le ciel ! Maintenant, ferme les yeux et écoute la rue. Exécution ! »), mais aussi mes états d’âme (« Allons, pense à sourire, vieux grincheux ! Pour la contestation, je m’en charge, tous ces cons me payent assez cher ! ».  

      Dans ma grande naïveté, j’avais cru que le principal legs du XXe siècle était celui d’une émancipation décisive du corps et de l’esprit.

      Je voulais sans doute encore espérer que l’aliénation de notre société ne concernait que le monde de cette consommation qui flatte le futile individualisme, ou encore de la télé imbécile, ou de la politique réduite à la communication, mais que le monde des arts avait été épargné, parce que, précisément, il se tenait à l’écart du tumulte le plus ordinaire…

     Un monde artistique, où l’on pense à votre place, comme si vous n’en aviez désormais plus l’aptitude, un monde qui prétend vous dire comment vous devez réagir – jusqu’aux émotions et sensations les plus intimes – et ce que vous devez faire, un monde qui finalement, n’a plus guère besoin de vous, parce que vous ne décidez rien et que l’on vous impose tout, est un monde qui a perdu sa liberté. Et ceux qui prétendent, derrière strass, paillettes et acryliques, s’ériger en ultimes remparts de nos libertés, en sont bien les ultimes fossoyeurs.

      Rude journée. Las, profondément las, je regagne mon domicile pour m’abandonner au plaisir récréatif de la musique. Pas de Requiem (j’ai déjà donné), mais trois petites minutes, vraiment uniques celles là, d’un artiste important qui a travaillé aux Etats-Unis et qui aurait pu dire (mais il ne l’a pas fait parce qu’il aurait éclater de rire) comme George Rousse, à propos de ce véritable bijou :
« Je n’aime pas répéter les choses de façon systématique. Quand je commence à travailler une nouvelle idée, je me dis que je vais faire une série par rapport à cette idée et régler tous les problèmes afférents mais, en même temps, il y en a une deuxième, puis une troisième qui surgissent et c’est la cascade! C’est donc dans une multitude de directions que le travail se développe et, de ce fait, se génère au cours de nombreux télescopages. C’est un travail qui se nourrit du contexte, des rencontres et des moyens. En ce sens, ce n’est pas un travail conceptuel ».

      Je voulais naturellement parler de Buena Sera, chef-d’œuvre  de Louis Prima et de son saxophoniste Sam Butera, dont je ne saurais trop vous recommander l’audition.

      Mais je vous en laisse l’entière liberté!

Comments
8 Responses to “Ne regardez plus, on s’occupe de tout!”
  1. Laure Gerbaud dit :

    Waouuuu!!! Formidable article. C’est un vrai régal de vous lire; j’adhère au moindre mot de votre pensée, oh oui j’adhère à votre lucidité. Je vote pour vous et contre les c… Vous aimez la liberté? Moi aussi. C’est la chose la plus importante au monde.

    • delapeinture dit :

      Et sans doute la plus fragile… Bien que très peu tenté par une carrière politique (franchement incompatible avec la liberté), je reste naturellement sensible à votre suffrage! Et merci, Laure, pour cette lecture enthousiaste. A bientôt! François

  2. Tom Peeping dit :

    Je te recommande d’aller jeter un oeil sur le dossier de presse et autres documents de communication bombardés sur le bon public par le château de Versailles à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Murakami dans les salles historiques du palais. La verbeuse justification de l’irruption des sculptures Manga de la star de l’art contemporain japonais dans ces lieux patrimoniaux vaut son pesant d’Hello Kitty.

    Quand a commencé ce déluge explicatif à l’intention du public dans l’art contemporain ? Huysmans le pointait déjà du doigt, il y a maintenant deux siècles. On devrait pouvoir remonter à plus loin… Et ce n’est pas près de s’arrêter quand on voit la prolifération des agences spécialisées dans la communication des événements artistiques contemporains. Tu fais débuter ton article par une photo du travail (sic) de Bernar Venet près le la Promenade des Anglais. L’orthographe du prénom de l’artiste nous avait pourtant prévenu avec subtilité : « les dés dont jetés ».

    Bien à toi et merci pour cet article, lu à l’instant en mangeant deux croissants au beurre, qui m’a donné le sourire pour la journée.

    • delapeinture dit :

      Le dossier de presse de l’exposition Murakami à Versailles que tu mentionnes mérite en effet que l’on s’y attarde…parce que, de toute évidence, la polémique, version édulcorée et très contemporaine du scandale d’autrefois, ne fait que stigmatiser les conservatismes les plus archétypaux : d’un côté, la droite de la droite étrangement nostalgique des moutons enrubannés de Marie-Antoinette, et pour qui l’art en France doit d’abord appartenir aux Français, et, rêve encore plus exaltant …aux Versaillais ; de l’autre, la gauche, molle comme un chamallow, qui sort régulièrement de sa léthargie à la seule évocation des mots interdiction et censure. Il y a deux ou trois ans, on avait connu pareille tempête dans un verre d’eau (fut-il de cristal) avec Jeff Koons. Mais, derrière collectifs et associations, de telles croisades n’entendent finalement servir que des approches doctrinaires, et certainement pas le monde des Arts, devenu la cour de récréation des agités sur commande. En l’occurrence, ces polémiques ne se soucient, pour les uns, que de célébrer le patrimoine dans la naphtaline, et pour les autres, de valider la création artistique par la seule liberté d’expression. Pour ma modeste part, je tourne résolument le dos à ces mauvaises bonnes consciences, en rappelant, qu’en matière d’art, il faut voir, revoir, et voir encore les œuvres en question. Et c’est un fait, Murakami et Koons partagent le même esprit mercantile et insignifiant : celui du kitch. Dès lors, la question se résume-t-elle au droit de cité du kitch à Versailles ? N’épouse-t-elle pas les contours plus larges, d’une société entière célébrant le kitch comme référence absolue? Ainsi en est-il, par exemple, du vêtement, où les fameuses marques, n’habillent plus mais déguisent. Murakami et Koons, deux opportunistes de l’insignifiance reflètent une époque qu’il faut bien considérer comme la notre.
      Nous avons le président, les ministres, les élus, que nous méritons, avons-nous aussi les artistes que nous méritons, Jacques? Avec toute mon amitié! François

  3. Annie dit :

    Bravo pour cette réaction salutaire face à la bienpensance de la critique consensuelle qui veut nous donner à penser que si nous n’adhérons pas à une oeuvre, si elle nous laisse de « marbre », de « glace », voire pire, c’est que nous n’avons pas les clefs, nous, pauvres béotiens!
    Les vrais amoureux de l’art laissent passer les petits fours du vernissage et attendent quelques jours, dans l’espoir d’une rencontre avec une oeuvre, peut-être une seule parmi d’autres, celle qui leur « dira » quelque chose , leur donnera une émotion, leur laissera penser qu’ils n’ont pas toutes les clefs, certes, mais qui leur laisse soupçonner une multiplicité de pistes.
    La littérature et l’art ne passent les siècles que si de multiples lectures en sont possibles , nous les rendant ainsi contemporaines, souvent à l’insu de leurs créateurs qui se considéraient plus modestement qu’aujourd’hui .
    Voilà pourquoi cela m’agace autant que toi François, que l’on nous dise quoi penser d’une oeuvre qui souvent n’a rien à dire toute seule.
    Continue de jeter un oeil averti mais toujours neuf sur l’art et la beauté!
    Annie

    • delapeinture dit :

      « La littérature et l’art ne passent les siècles que si de multiples lectures en sont possibles ». Tu as bien raison, Annie, de nous rappeler que la pérennité d’une œuvre suppose une pluralité d’approches et non une direction univoque imposée au préalable par les artistes eux-mêmes.

      Récemment, alors que je visitais une galerie niçoise d’art contemporain, qui présentait des Nouveaux réalistes (le terme de nouveau étant irrémédiablement condamné à vieillir) mais aussi des artistes que je qualifierais de post-pop art (ce qui n’engage pas à grand-chose), je retrouvais pour chacun d’eux, les inévitables écriteaux-encensoirs. Le discours sur le discours, en quelque sorte. Or, l’un de ces artistes y était présenté comme « totalement libre ». Beaumarchais aurait sans doute préféré « en rire de peur d’en pleurer » mais pour ma part, je trouvais dans cet incident fortuit un prolongement intéressant des réflexions qui avaient motivées mon article. « Un artiste totalement libre »… Le monde de l’art contemporain, dans lequel il évolue, serait-il donc celui de l’aliénation? Mais cette liberté, affichée avec tant de prétention qu’elle confine à je ne sais quelle candeur, se veut la sienne et non la mienne… Décidément, le système – parce que c’est un système avec sa hiérarchie, ses décideurs et ses acteurs – procède d’une logique inhérente à sa nature, où l’esprit n’est certainement pas celui de l’ouverture.
      Merci pour ton commentaire, Annie ! François

  4. Myriam dit :

    J’adorerais avoir un professeur comme vous, quel que soit le sujet tout devient intéressant.
    Merci 10000 fois, et j’espère que vous aurez le temps de poster encore un peu.

    • delapeinture dit :

      Avec un retard bien peu pardonnable, je vous adresse, moi aussi, 10000 merci pour votre contribution si aimable et si enthousiaste (mais où en êtes-vous dans vos études?) C’est vrai que j’écris moins d’articles depuis quelques mois et cela tient au fait que je consacre davantage de temps à mes dessins…et il faut bien assumer ses choix. Gide ne disait-il pas « choisir, c’est renoncer »? Encore toutes mes excuses pour ma négligence ! François

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